dimanche 7 août 2011

Le chaos et la diversité de notre marché public

La première employée de maison que nous avons eue était une cuisinière hors pair. Tout ce qu'elle cuisinait était au naturel, varié et délicieux. Elle récupérait tout; pas de gaspillage. C'est grâce à elle que nous avons découvert la Ciudad de Dios, un marché public dans un des quartiers marginalisés à 15 minutes en autobus de chez nous. Là-bas, c'est le chaos, c'est désorganisé, mais on y retrouve de tout. TOUT ! C'est en s'y promenant qu'on se rend compte que ce n'est pas pour rien que le Pérou est reconnu pour sa gastronomie !
Au Pérou, on retrouve 2 800 espèces de patates (et oui, vous avez bien lu!), 35 écotypes de maïs, 150 variétés de patates douces, 15 espèces de tomates, plus 600 espèces de fruits et plus de 2000 espèces de poissons.
Pour moi, me promener dans ce marché, c'est un pur bonheur. J'y amène à l'occasion Adam et malgré son jeune âge, il s'émerveille devant les nombreuses poches de riz, les poules en cage, les tas de patates dans la rue, la grosseur des papayes, la rougeur des piments, les pieuvres et la foule ! C'est le seul endroit ou je sens sa petite main dans la mienne pendant une bonne heure et demie; il ne me lâche pas, concentré sur tous les stimulus qui l'entourent.

Je semble être la seule étrangère à le fréquenter. J'ai mes ''spots'' et on me connaît depuis plus d'une année.  Lorsqu'on mentionne à certains amis et certaines connaissances qu'on fréquente cet endroit,  la plupart ne le connaisse pas et les autres sont surpris de connaître des expatriés qui y font leurs courses.  Ici, c'est bien vu de se payer des fruits et des légumes emballés dans le plastique et le styromousse. Ici, le Marché Jean-Talon, ce serait pour les pauvres (monde à l'envers). Pour les gens de classe moyenne et plus d'ici, le marché public (comme Ciudad de Dios) c'est sale, rien n'est frais, c'est dangereux. C'est certain que la prudence est de mise (comme partout à Lima d'ailleurs).  Par contre, les copies de nos IGA et Métro, aseptisés et surtout très chers, n'offrent pas la variété et la fraîcheur.  À "Ciudad", les poules sont tuées sur place, les poissons frais, pêchés au petit matin, arrivent le matin même au marché et sont découpés en filets devant nos yeux, les fruits et les légumes respirent la fraîcheur. À tout ça, on ajoute la dynamique d'un grand marché public, ou de vrais gens circulent, ou le peuple respire.  Le détour en vaut la peine.

Afin que vous puissiez vous promener virtuellement dans ce marché et vous imprégner de son ambiance mouvementée et de sa diversité, voici quelques photos.  On prend plaisir à y amener nos braves visiteurs canadiens.  Notre ami Francis Novak a réussi à prendre les photos ci-dessous (avant de se faire avertir). 
Bienvenue à Ciudad de Dios !

Ça bouge !

Nos sacs ''Métro'' me sont bien utiles

On oublie la garderie,
on apprend le métier très jeune

Quelques variétés de pommes de terre

Belles grosses carottes : 1 pour 15 cents ou 2 pour 30 cents

Ici, pas de commis avec un ptit "net" dans les cheveux, tout est frais !


Les piments sont superbes !

Fier de ses produits !



J'achèterais tout et je passerais mes journées
à expérimenter la cuisine péruvienne !

La crème de ''zapallo'', une spécialité
de notre amie Vilma !

Olluco, petites patates délicieuses en sauce
avec morceaux de porc ou de boeuf.

Le aji amarillo vient "pimenter" plusieurs
plats

Tout se mange ...

À l'étage de la viande, on choisit son kiosque
(parmi des dizaines) et on choisit sa coupe

Mon p'tit poissonnier me manquera. Non seulement il est sympathique et m'accueille toujours avec un grand sourire, mais ses filets sont vraiment pas chers (ex : 4$ le kilo pour des filets de tilapia)

Poissons des rivières

1 kg de fruits de mer frais pour 5 $

Les dizaines de poules ... Attention, ce qui n'est plus dehors,
on le met dedans.   Ne jetez pas les pattes ici ça se mange...

mardi 5 juillet 2011

Voyager en famille

Par JP

Nous avons passé plus de 13 mois au Pérou sans visiter les classiques du tourisme péruvien.  Nous avons attendu la visite de nos courageux amis pour braver LE voyage qui nous permettrait de les découvrir ainsi que « d’affronter » la jungle amazonienne.  Après une année de rendez-vous Skype, de planifications d’activités dans les 3 grandes régions du Pérou (Côte, Sierra et Selva), d’acrobaties de dates, d’heures et de compagnies aériennes, la famille Grenier-Duchesne est arrivée pour relever le défi avec nous.









Deux couples, 4 enfants en bas âge et trois semaines d’heureux délires et de vie « ajoutée » dans notre appartement, l’édifice en général, les hôtels et les aéroports ! Au Pérou, enfant n’égale pas bruit ou excitation.  C’est comme ça depuis que nous sommes ici. Les petits péruviens, ne crient pas, ne « crisent » pas.  Chez nous, ça saute, ça crie, ça rie, ça pleure, ça se chicane. Bref, on n’entend rien …. sauf nos enfants ! Recevoir des amis québécois et leurs enfants nous a permis de retrouver nos racines, notre culture et de constater que nos enfants sont normaux !




Première destination : Arequipa, avec son volcan actif El Misti et comme objectif principal le Cruz del Condor pour y observer les majestueux oiseaux de proie. À Chivay, petite bourgade de 5000 habitants à 3600 mètres d’altitude, y fait frette ! Il fallait bien geler pour comprendre que le chauffage ici c’est un luxe; pour nous Québécois et Québécoise, c’est un acquis. Nous avons profité des Bains thermaux locaux pour nous réchauffer.  Cinq piscines tempérées ou l’eau se maintient à 38 degrés Celsius et qui provient du volcan Cotallumi et y en sort à une température de 80 à 85 degrés.









Deuxième destination : Cusco ou la « classique » du Pérou. Évidemment, nous avons vu l’une des sept Merveilles du Monde.  Par contre, le chemin prit soudainement plus d’importance que la destination.  Accompagnés d’un guide et 3 chevaux pour les petits, nous avons marché et chevauché.  Pendant ce temps, notre confort était assuré par un muletier, 4 mules transportant bagages, tentes et nourriture. Isolés dans un décor grandiose de montagnes et leurs pics enneigés, les paysages ont défilé sur 20 km en deux jours sans croiser autre chose que taureaux, moutons et lamas. Pour nous tous, le « trek » dans la Vallée Sacrée a volé la vedette à la cité perdue et est rapidement devenu le point marquant de notre voyage.





Cusco est certainement un incontournable. La capitale de l'empire inca est jolie, intéressante et ... très touristique. Probablement que tous les touristes qui viennent au Pérou y passent. Nous y rencontrons de tout, même des Québécois. Ce qui enlève, je l'avoue, un peu de l'exotisme de notre voyage, nous qui tentions (je dis bien tentions) de nous fondre dans la population locale. C'est tellement touristique que les indigènes se vètent de costumes traditionnels pour nous offrir la chance de les prendre en photo en échange de quelques soles. Pourtant, dès qu'ils se retournent, on peut apercevoir un jeans hautement ethnique... de marque Levis. Cusco est un tourist trap.
 On dit que Cusco est la capitale inca mais ceux qui souhaitent y voir des vestiges seront déçus. En effet, les Espagnols ont quasi complètement détruit l'ensemble des temples incas de la ville afin d'éradiquer cette culture lors de la colonisation. Tout ce qui subsiste sont les restes d'une forteresse qui surplombe Cusco, dont le nom Quechua se prononce comme Sexy Women.

 Notre trek de deux jours dans la Vallée Sacrée a été tout simplement extraordinaire. L’ascension a été relativement facile jusqu'à 4400 mètres.  À cette altitude, l'oxygène nous manque un peu à l'effort physique. Nous avons passé la soirée dans le camping 5 étoiles (ou 5 millions d’étoiles) et vu des paysages inoubliables. Tous étaient d'avis que nous devrons répéter l’expérience.  Pour ceux qui pensent que les enfants peuvent s'emmerder en Trek... ils se trompent. En fait, pour des enfants entre 3 et 5 ans grimpant un col sur plus de 1200 mètres d'altitude sur le dos d'un cheval en se prenant pour des chevaliers, c'est vraiment trippant.

La dernière partie de notre séjour dans la Vallée Sacrée a été la visite d'une des 7 merveilles du monde qui est le Machu Picchu. Cette cité inca presque intacte est encore plus grandiose que les photos que nous pouvons voir sur les publicités. Les montagnes qui entourent le site sont impressionnantes. Le Machu Picchu est situé dans une forêt subtropicale, ce qui ajoute au charme de la cité. Après l'Alambra à Grenade, nous avons maintenant visité 2 des 7 merveilles du monde. Oserons-nous visiter les 5 autres? ...mmmh, à voir!
Anne




Troisième destination : Iquitos. Il s’agit de la plus grande ville insulaire au monde (800 000 habitants) qui n’est reliée à la civilisation que par voies aériennes et fluviales.  Point d’entrée touristique pour ceux qui désirent vivre l’expérience de la jungle amazonienne*. On y retrouve une quantité de compagnies qui offrent des séjours isolés dans la Selva, dans des « lodges »  sans électricité ou eau chaude.  On y a mangé plusieurs sortes de poissons, du capibara, du caïman et bien sûr du poulet et du riz.  On a pu savourer d'heureux moments en compagnie de singes apprivoisés, mais bien espiègles, de coatis, d'un anaconda, d'un magnifique toucan et d'un bébé caïman.  Les braves parmi nous se sont baignés dans l’Amazone et Jean-Denis, âme charitable, a décidé d’embarquer une jeune tarentule sur son épaule pour notre voyage en bateau (très bel exemple de nerfs d’acier ou de paralysie momentanée ;-)    




* Iquitos est moins connu que Puerto Maldonado, site souvent privilégié pour sa proximité de Cusco et son tourisme plus développé. 






Pour ceux qui pensent que la jungle et l'Amazone sont des endroits très dangereux remplis de bêtes féroces qui n'attendent que le moment propice pour vous croquer, vous vous trompez. Bien sûr, il faut rester prudents mais l'Amazonie nous offre bien plus. Des familles se sont installées sur les rives du fleuve ou elles se sont appropriées un petit lopin de terre et y cultivent pommes de terre, et quelques autres légumes. Quelques-unes se sont réunies pour former un petit village. Ces villages nous font penser à des villages autochtones du Québec tel Wemotaci. Les eaux de l'Amazone sont brunes et plusieurs débris ligneux y flottent, résultat de la baisse du niveau de l'eau en saison sèche. Le niveau de l'eau peut varier jusqu'à 20 mètres dépendant de la saison. Certaines espèces de dauphins vivent dans l'Amazone dont le rose que nous avons d'ailleurs pu apercevoir à quelques reprises. Plusieurs affluents d'eaux noires, agua negra, se jettent dans l'Amazone. C'est dans ces eaux et à ces abords que vivent les caïmans, piranhas, etc. Nous avons bien tenté pêcher quelques spécimens mais comme le disait notre guide, Arci, les piranhas sont des poissons très timides, fuient le bruit et préfèrent de loin la chair morte. Rassurés, nous avons donc envoyé les enfants s’y baigner.




À notre sortie de la jungle, alors que les enfants et les hommes profitaient de la piscine de l'hôtel et du climat tropical, Annie et moi avons sauté dans une moto taxi et sommes allés virer dans Bélen, un quartier marginalisé d'Iquitos. Bélen se compose de cabanes construites sur des radeaux ou pilotis, qui montent ou descendent au rythme des crues. Cela vous semble plutôt exotique? Détrompez-vous, j'y ai vécu un très gros choc. Les familles habitant Bélen gagnent un salaire quotidien de 25 soles, ce qui équivaut à environ 8 dollars. Ils se nourrissent du poisson que la rivière sous leurs pieds leur fournit, ils s'y lavent, y jouent, y chient. Lors de la saison sèche, le niveau de l'eau descend délaissant des montagnes de détritus et une vase dont vous ne pouvez seulement qu'imaginer la provenance. Une fois la curiosité de cet endroit passée, la réalité nous frappe de plein fouet. L'insalubrité, la misère, le manque d'intimité... malgré tout, les enfants jouent, rient, de petites filles nous saluent à notre passage. C'est là que notre coeur se serre et que l'on ne peut s'empêcher d'avoir la larme à l'oeil. Il est difficile de vous expliquer ce que j'ai ressenti, les mots me manquent. J'espère sincèrement que ces images resteront à jamais gravées dans ma mémoire. Ça a été pour moi une expérience difficile mais combien enrichissante. Je crois qu'il faut revivre cette expérience à quelques reprises dans une vie afin de bien comprendre que c'est la réalité que des gens vivent et non un mauvais rêve qui a duré environ une heure. ‘’
Anne




Avec notre séjour qui achève, plus que 7-8 mois, nous sommes mieux placés pour dire que le Pérou est un pays à découvrir.  L’histoire et la gastronomie sont deux points marquants parmi plusieurs.  L’art, la diversité des climats et des régions et les richesses culturelles contribuent à nous sortir de notre zone de confort.  Ce voyage en particulier nous a permis de mieux analyser les différences. En ayant les mêmes bases culturelles et un respect mutuel exceptionnel, nous avons pu discuter ouvertement de nos émotions, de nos inconforts et de nos coups de coeur. Ce fut en partie la raison de cette complicité et de la réussite de l’entreprise.  Pour ceux qui voient les voyages avec les enfants en bas âge comme un défi insurmontable, vous n’avez qu’à faire comme nous, vous trouver des alliés solides.  Merci à Anne et Jean-Denis d’avoir relevé le défi.






















dimanche 8 mai 2011

Le chocolat fait place aux pétales

Au Pérou, près de 3000 fêtes populaires sont célébrées chaque année. La plupart de ces fêtes sont organisées autour d'un Saint patron et sont soigneusement adaptées aux croyances religieuses d'une région particulière. Une fête traditionnelle péruvienne est un moment de rassemblement ou le sacré et le profane se côtoient dans une seule et même manifestation. Ces célébrations sont nourries de messes, de processions, de défilés, de foires artisanales et agricoles ainsi que de danses et spectacles de toutes sortes. Pendant la Semaine Sainte, nombreux fidèles se donnent rendez-vous dans les montagnes andines pour festoyer en famille et se commémorer la Résurrection du Christ.

Nous avons décidé de nous rendre dans la petite ville de Tarma, connue aussi sous le nom de ''Perles des Andes'' pour son climat agréable, l'abondance de ses fleurs et ses paysages magnifiques. Située à 3050 mètres d'altitude, elle n'est qu'à 6 heures de Lima en bus. Un collègue m'avait dit que Pâques s'y vivait d'une façon bien particulière et que le détour en valait la peine.

Je vous partage quelques instants de cette fin de semaine en photos.

















Les familles s'unissent pour enlever les pétales des fleurs
 qui garniront les mosaïques

Les pixels naturels
 
La population utilise des grains de café pour délimiter les couleurs
avant de déposer les pétales de fleurs.


















On en profite pour recréer des scènes de la vie quotidienne.
 
Le Christ ressuscité est transporté sur son anda
autour de la place centrale et les belles mosaïques disparaissent
sous les pieds des fidèles.




























Danse traditionelle et défilé le dimanche de Pâques













Vendeur (Dollarama) ambulant.















Les musiciens




Poires cactus prises à la source


 

On en a évidemment profité pour visiter le coin. En 1 heure, les montagnes froides se transformaient en amazonie chaude.




Baignade au pied d'une chute parmi les Morphos bleus



Ce rongeur mange le fruit du cacao. On le chasse, on le mange, mais il peut aussi devenir un bel animal domestique.




Marie-France et Stéphane

Une petite truite en montagne

mercredi 6 avril 2011

Mon entourage n'est pas un mirage

J'ai décidé de vous partager quelques photos du quartier ou nous vivons en vous présentant des personnes extraordinaires qui malheureusement, sont marginalisées et sont victimes de discrimination. Elles font partie de notre quotidien, mais on les ignore, on les menace, on en abuse, on les harcèle, on les ridiculise. Elles s'occupent de nos enfants du matin au soir et même la nuit, mais on ne leur fait pas confiance et on les exclut du cercle familial. Elles assurent la sécurité des édifices et des rues, mais on leur dit qu'elles ne servent à rien et qu'elles ne sont bonnes à rien.


On vit à Surco, un quartier résidentiel de Lima. Il est bien conseillé aux coopérantEs de vivre dans des quartiers sécuritaires. On a repris le logement (1er en bas à gauche) d'un coopérant d'Oxfam-Québec qui est maintenant à La Paz, en Bolivie, avec sa famille. On est bien situé, près de tout : épiceries, marché public, parcs, gym, cinéma, centre commercial, bus, boulangerie, école d'Adam, garderie de Madeleine.

Lui, c'est Richard, le gardien de sécurité (le ''vigilante'') de notre édificie de 6 logements (!!!). Il gagne 700 soles par mois (environ 240 $ CAN). Il travaille 6 jours par semaine, 12 heures par jour. Il doit voyager en bus 5 heures par jour pour venir travailler et retourner chez lui puisqu'il demeure dans un des quartiers marginaux en périphérie de la ville. Il a 2 filles et est l'unique pourvoyeur de sa famille.






À droite



Quand on sort de mon édifice, à droite, au coin de la rue, il y a une petite cabane et il y a des gardiens de sécurité 24 h sur 24. Même chose à gauche, à l'autre coin de rue.



À gauche
 











Ces gardiens de sécurité travaillent 12 heures par jour sur des quarts de jour et de nuit. On y assure donc une présence 7 jours/semaine. Ils gagnent aussi 700 soles par mois, répartis entre le voisinage.






Au bout de la rue, il y a un parc. De 15h00 à 18h00, du lundi au vendredi, c'est le rendez-vous des nounous et des enfants. Quelques rares parents se joignent aux jeux collectifs, mais ils sont très rares. Pour les nounous, c'est l'occasion de briser l'isolement et de partager leur quotidien, les défis et les difficultés qu'elles rencontrent, leurs aspirations, leurs rêves. Pour les enfants, c'est l'occasion de promener les poupées en carosse, se lancer le ballon, jouer au chat et à la souris, se tirailler, grimper dans les arbres, faire de la bicyclette et de la planche à roulette. Adam et Madeleine y vont à tous les jours et en reviennent toujours de bonne humeur. Ils ont ainsi pu s'y faire un réseau d'amiEs intéressant.







Je vous présente Vilma. Cette femme extraordinaire qui s'occupe de nos enfants comme si c'était les siens. C'est une belle personne qui m'inspire au quotidien par son sourire contagieux, sa joie de vivre, sa simplicité, sa douceur, son honnêteté. Et tout ça, malgré les difficultés de sa vie personnelle.







Elle vit avec nous du lundi au vendredi: une petite chambre lui est consacrée dans notre appartement. Si elle devait voyager matin et soir, elle devrait elle aussi se taper 5 heures de bus par jour puisqu'elle vit elle aussi avec sa famille dans un quartier marginalisé. Elle a une petite fille de 4 ans et un garçon de 16 ans qui sont élevés par les parents de son mari puisque celui-ci travaille aussi à l'extérieur de la ville du lundi au samedi. Je vous partagerai son parcours de vie dans un prochain texte ainsi que les difficultés et les défis des nounous, celles à qui on laisse nos enfants mais qui sont souvent méprisées.





Les enfants l'adorent. Ce petit parc, son atmosphère festif quotidien et ses gens nous manqueront certainement à notre retour à Montréal.









Voici Vanessa (à droite) et Negda (à gauche), deux amies de Vilma.  Avec elles, je connais tous les potins du coin ! Et malheureusement, ils ne sont pas toujours roses ... Vilma est la seule nounou du coin qui ne porte pas de ''costume''. On lui a laissé le choix mais elle ne voulait rien savoir d'être habillée en blanc ou en bleu.


Chez plusieurs familles dont les enfants côtoient le parc, il y a une nounou par enfant (donc 2 enfants = 2 nounous), une cuisinière et une femme de ménage. Ceci crée des dynamiques très particulières. Chez nous, Vilma occupe tous ces postes mais a des conditions de travail plutôt extraordinaires contrairement aux autres employées de maison. Et nous sommes évidemment présents pour l'aider dans les tâches quotidiennes et on s'occupe de nos enfants.


Balayer les trottoirs et entretenir l'extérieur des maisons






Les employées de maison et les gardiens de sécurité ont plusieurs tâches connexes :

Arroser le gazon quotidiennement


Laver les voitures





















Promener les chiens, prendre des marches avec les aînéEs, aller chercher le pain ou le lait au ''dépanneur'' le matin tôt, sortir les poubelles, accompagner les enfants aux fêtes d'enfants, préparer le lunch des enfants, reconduire et aller chercher les enfants à la garderie ou à l'école, etc. Certaines familles engagent même d'autres employées domestiques les fins de semaine pour se reposer.

Derrière ce que je viens de vous présenter se fait toute une analyse de la société péruvienne, du moins liméenne, celle que je connais davantage. La sécurité, les rôles parentaux, la nécessité des employées domestiques, l'éducation des enfants. Je me questionne, je les questionne. J'essaie de comprendre.

Je vous avoue sincèrement que je n'arrive pas à accepter plusieurs de ces différences culturelles.
Je ne fais que les tolérer.

mercredi 23 mars 2011

Seule !!

J'ai une liste d'idées à mettre sur papier, 3 articles à terminer, des photos à télécharger. Mais depuis 3 semaines, je suis seule, et encore pour un p'tit bout ! JP, en tout bon marin, est quelque part entre le Canada et l'Écosse sur un navire canadien. Il ne reviendra que le 21 avril.

Je ferai mon possible pour vous partager quelque chose dans les prochains jours. Ce ne sont pas les idées qui manquent, mais bien le temps !
:-)

mardi 1 mars 2011

Femmes, jeunes et hommes s’unissent contre la violence familiale

San Juan de Lurigancho (SJL) est le district le plus populeux de Lima et du Pérou, avec près de 1 million d’habitants. La grande majorité de sa population est constituée de migrants provenant des régions montagneuses; ils ont fui la guerre interne qui a fortement secoué le pays dans les années 1980-2000.
C’est impressionnant se promener dans ce district. Dans certains secteurs, on n’a pas l’impression d’être dans un bidonville puisque la société de consommation y fait aussi ses ravages: grands supermarchés du genre IGA, cinéma, McDonald. On se demande comment les gens font pour y consommer avec leurs bas salaires mensuels. On me dit que c’est une question d’apparence et de standing.  En fréquentant ces endroits, tu sembles ne plus faire partie de la même classe sociale. Mais plus on entre dans le cœur des quartiers, qu’on se rapproche des « cerros » ou les maisons sont construites sur le flanc des collines sablonneuses et rocailleuses, on ressent la pauvreté qui peut être extrême (pas d’eau, pas d’électricité, pas de collecte de déchets). Précarité et promiscuité sont les deux mots qui me viennent à l’esprit pour décrire le style de vie de ces gens.    

Photo prise en face du Centro Mujer

Pauvreté dit violence, on le sait. Selon un rapport du Ministère de la femme et du développement social (MIMDES), on indique qu’au Pérou, 4 femmes sur 10 souffrent de différentes formes de violence familiale. Selon ce même rapport, ce taux augmente à 6 femmes sur 10 à SJL. C’est donc dans ce district que l’on retrouve la deuxième plus forte incidence de violence familiale au pays. Plusieurs seront surpris d’apprendre que les « champions péruviens » de la violence familiale se retrouvent dans la belle ville hautement touristique de Cusco! Nous y jetterons sûrement un regard différent lors de notre visite en mai.                                  
Il y a différentes études qui ont démontré la relation qui existe entre le machisme et la violence familiale. Au Québec, le terme est relativement péjoratif, mais ici, ouf! J’ose écrire que c’est admis dans la société. Le machiste péruvien prône les idées conservatrices : refus à la femme du droit de travailler, de socialiser, de remplir dans la société des rôles traditionnellement dévolus aux hommes. Le machiste a le droit de chercher des aventures extraconjugales; la femme doit rester fidèle. Le machiste pense que la femme a été créée pour rester à la maison et jouer le rôle de mère et d’épouse. Tout ceci, selon le machiste, justifie et appuie la violence domestique.

Heureusement, il existe une organisation à SJL, appuyée par Oxfam-Québec, qui accueille et accompagne des femmes en situations critiques. Le centre les appuie et les outille  pour les aider dans leur développement personnel, dans l’exercice de leur citoyenneté ainsi que dans leur désir de partir leurs petites entreprises d’économie solidaire.
Au Centro Mujer, les femmes viennent avec leurs enfants et peuvent rencontrer des psychologues et des travailleurs sociaux.  Elles ont la chance de se joindre à de groupes de soutien où elles peuvent s’exprimer en toute confiance. Elles peuvent aussi être conseillées au niveau légal (pension alimentaire et reconnaissance de paternité). Elles ont même accès à des services de réflexothérapie. Des ateliers sur la sexualité sont aussi offerts aux adolescents et adolescentes.  C’est une grande famille ou tout le monde est bienvenu, même les hommes!


Atelier avec les hommes


Et oui, les hommes ! Le Centro Mujer, au fil des années, a compris que s’il voulait avancer dans l’éradication de la violence familiale, il était nécessaire de travailler avec les hommes qui exercent cette violence et qu’il était important de les intégrer dans des activités de prévention.  Avec le temps, la petite organisation espère changer les patrons socioculturels qui légitiment les relations d’inégalité entre les hommes et les femmes.




Elle permet aux femmes, adolescents, adolescentes et aux hommes de devenir des acteurs sociaux importants dans leur communauté. Les actions qui y sont menées les sortent de leur isolement, leur permettent d’identifier leurs dynamiques familiales, les aident à se valoriser dans les rôles qu’elles/ils occupent et qu’elles/ils aimeraient occuper. Elles les aident à changer leurs façons de communiquer avec les membres de leur famille et de leur entourage et encouragent une plus grande solidarité.
 
Partie de l'équipe du Centro Mujer


Jeunes de SJL

Quel travail légitime et bien ciblé !  Il y a loin de la coupe aux lèvres puisque la violence n’est pas seulement physique et sexuelle, mais aussi psychologique, verbale, raciale, économique et j’en oublie certainement. Et elle ne se retrouve pas seulement dans les quartiers marginalisés. Elle est bien présente dans toutes les couches de la société mais à certains endroits, elle est plus silencieuse et discrète. Mais elle résulte avant tout de la précarité, d’où les forts pourcentages dans les quartiers pauvres.

Être en contact avec la base est important dans notre travail. Ça nous sort de nos tâches administratives quotidiennes et de nos réflexions et décisions qui sont parfois mécaniques et qui ne tiennent pas toujours compte des réalités-terrains malgré toutes les bonnes intentions que nous avons.

mardi 15 février 2011

Danse nocturne

Par une belle nuit d'été, Adam m'appelle et veut que je me couche avec lui.  Avec la visite de ma soeur et de son bébé, je flanche pour éviter une crise qui, à minuit, aurait réveillé toute la maisonnée.  Dormant paisiblement avec mon garçon, je ressens tranquillement, sans savoir si ça faisait partie de mes rêves, un corps étranger s'accrocher à ma cheville.

Mon premier réflexe a été de secouer ma jambe pour me rassurer que ce n'était qu'un rêve.

Quand j'ai senti que ce "quelque chose '' était toujours présent, j'ai utilisé mon pied gauche pour l'enlever.  C'est à ce moment que j'ai réellement senti que ce ''quelque chose'' était mou, chaud, collant et accroché à ma peau.

J'ai sauté du lit en lâchant un cri et en faisant une petite gigue sur place (selon JP mais vous savez très bien que je suis restée calme).

Voici donc ce qui s'était décollé de ma cheville et qui se trouvait maintenant sur mon matelas :



Petit vous croyez?  Ça ne mesurait pas 2 millimètres :




Heureusement, la chenille, bien qu'accrochée par un petit dentier, n'était pas venimeuse.  En fait, il s'agit de la deuxième de cette espèce qui visitait notre jardin.  Par contre, l'autre était beaucoup plus sympathique en plein jour sur le plancher contrairement à celle-ci qui s'est faufilée sous nos draps...


Morale de cette histoire :  il ne faut pas écraser le vers qui dort.